| Monsieur le Président
de la Commission des Affaires étrangères,
Mesdames et Messieurs les membres du bureau de la Commission des Affaires
étrangères,
Honorables députés,
Distingués invités,
C'est pour moi, élu du peuple souverain et seul représentant
légitime du peuple congolais au regard de notre constitution,
un honneur et un véritable bonheur d'être parmi vous, élu
du peuple sud-africain pour vous présenter la situation qui prévaut
dans notre pays en vue d'obtenir votre sollicitude à l'égard
du peuple congolais martyrisé et votre soutien dans notre quête
de paix et notre combat pour la restauration de la démocratie
et des libertés dans notre pays.
Mesdames et Messieurs,
Mon émotion est grande, car à l'instant où je
vous parle, dans notre pays, ce sont des simples citoyens, sans
mandat du peuple, nommés par un pouvoir illégal, qui
sont semble-t-il en train d'examiner un projet de constitution taillée
sur mesure par le seul pouvoir issu du coup d'État du 15
octobre 1997.
Ce putsch d'une rare violence, organisé par le général
Sassou Nguesso avec l'aide des puissances étrangères,
a fait plusieurs milliers de victimes, détruit des villes, balayé
l'ensemble des institutions démocratiques et placé notre
pays sous le joug d'une dictature soutenue par des forces armées
étrangères et une multitude de mercenaires.
Faut-il le rappeler, en dépit des condamnations de l'Union européenne,
des résolutions du Congrès et du sénat américain,
de la déclaration 867 du Conseil de Sécurité des
Nations Unies du 16/10/1997, exigeant le départ de toutes les
troupes étrangères du Congo - Brazzaville, l'armée
angolaise et ses supplétifs occupent encore ostensiblement notre
territoire.
Tous les observateurs peuvent en témoigner. Devant la déliquescence
du pouvoir de Brazzaville, ce sont les troupes angolaises et tchadiennes,
les miliciens Hutus-Rwandais et Zaïrois, les mercenaires et paramilitaires
français, qui sont utilisés pour asservir par la force
une population à qui la communauté internationale ne reconnaît
même pas le droit de disposer d'elle-même, encore moins
les principes les plus élémentaires de la Démocratie.
Les conséquences de ce coup d'État et de cette occupation
qui ne prend même pas la peine d'être déguisée,
sont nombreuses. Outre la dissolution de toutes les institutions
légales, une double entreprise de démolition du pays
et d'épuration ethnique a été menée
par les autorités illégitimes et leurs mercenaires,
qui se sont livrés aux pires exactions : arrestations arbitraires,
bombardements quasi systématiques d'écoles, d'églises,
de marchés et de tous les refuges des populations innocentes
et sans armes, pillages, viols, massacres des populations civiles,
etc.
Ces violations massives et répétées des droits
de l'homme ont été dénoncées, à maintes
reprises, par des organisations humanitaires telles : la Fédération
internationale des droits de l'homme, Amnesty international, Médecins
sans frontières...
Devant cette barbarie et la persécution organisée par
les troupes d'occupation, la désobéissance civile requise
par la constitution congolaise s'est muée en résistance
armée, dès la fin de l'année 1997. Ainsi sont nées
les Forces d'Autodéfense de la Résistance congolaise (FADR).
Cette organisation de la Résistance populaire, qui par son inébranlable
ténacité, a contrôlé pendant près
de trois ans plus de la moitié du territoire nationale et obtenu
de Monsieur Sassou-Nguesso, la signature d'un accord dit de "cessez
le feu et de cessation des hostilités" le 29 décembre
1999.
Cet accord s'imposait en toute rigueur comme complément à
l'accord de cessez-le-feu dit définitif du 15 septembre 1997,
signé par moi-même, par le Premier Ministre, Monsieur
Bernard Kolélas, par Son excellence El Adj Omar BONGO, Président
de la République gabonaise et Président de la Médiation
Internationale, et par Son excellence, Monsieur Mohammed SAHNOUN,
représentant conjoint de l'OUA et de l'ONU, en présence
de sept chefs d'État membres de l'OUA.
Seul, le Général Sassou-Nguesso, assuré de puissants
appuis extérieurs, n'avait daigné signer cet accord de
paix. Je précise par ailleurs que nous, élus de ce peuple,
avons à ce jour respecté cet accord du 15 septembre 1997
et toutes ces exigences. En effet, pour nous cet accord n'a pas été
seulement symbolique, mais l'expression de notre affection pour notre
peuple et de notre volonté de lui épargner toute souffrance
inutile.
L'accord signé le 29 décembre 1999 entre les FADR et les
forces armées du régime de Brazzaville, offrait une réelle
perspective de paix en stoppant immédiatement les hostilités
et en prévoyant l'ouverture d'un dialogue politique entre les
parties en conflits en vue d'un règlement pacifique de la crise
congolaise.
Cependant, la volonté de paix partagée par l'immense majorité
du peuple congolais se heurte à l'intransigeance d'un homme,
SASSOU NGUESSO qui, arrivé au pouvoir par les armes, voudrait
s'y maintenir par la force au mépris de la volonté populaire.
Cet homme, chassé du pouvoir par le peuple dès les premières
élections démocratiques dans notre pays en 1992, après
treize ans de gestion calamiteuse du pays, fit du Congo le pays le plus
endetté du monde par tête d'habitant, alors que dans la
même période le boom pétrolier procurait des recettes
abondantes.
Le désastre économique qu'il laissa fut tel que la classe
politique congolaise, réunie en conférence nationale,
toutes tendances confondues, inscrivit dans la constitution : le Congo
pays sinistré.
Conscient de son impopularité et incapable par conséquent
de gagner une élection transparente, il refuse obstinément
toute forme de dialogue avec les représentants élus du
peuple souverain, par ailleurs leaders des plus grands partis politiques
de notre pays.
C'est ainsi que pour berner l'opinion internationale, le général
félon à organiser le mois dernier, à la place du
dialogue politique prévu par les accords de décembre 1999,
en violation des prérogatives du médiateur, une messe
de ses partisans, baptisée pompeusement Dialogue Nationale sans
exclusive. Comme en janvier 1998, il en a exclu les représentants
élus du peuple aujourd'hui en exil.
Cette mascarade, qui ne trompe guère, est destinée à
préparer un simulacre d'élections, dont sont exclus à
l'avance tous les candidats crédibles, et dont il voudrait être
seul à organiser, contrairement à la règle éprouvée
dans les conflits majeurs selon laquelle : "les institutions démocratiques
post-conflit ont toujours été mises en place de façon
concertée, voire consensuelle par les différentes parties
en conflit".
Ce refus obstiné du compromis par le pouvoir putschiste de Brazzaville
laisse présager une possible reprise des hostilités. Car
le peuple congolais, épris de démocratie, refusera la
légitimation d'un pouvoir illégal.
Notre présence parmi vous est motivée par le souci d'épargner
notre peuple des affres d'un nouveau conflit armé.
Nous disons oui au dialogue politique, non à la mascarade électorale.
Il ne peut y avoir élections libres dans un Congo occupé
par des armées étrangères.
Le devoir d'ingérence humanitaire, si justement invoqué
pour libérer le KOSOVO et le Timor Orientale, doit être
utilisé de façon préventive au Congo Brazzaville,
pour éviter à notre peuple, qui n'a que trop souffert,
une nouvelle tragédie.
C'est le devoir de l'Afrique et des Africains de faire entendre ce cri
du peuple congolais au sein des institutions internationales.
L'envoi des observateurs civils et militaires pour superviser, avec
tous les partis congolais, l'ensemble du processus électoral
post-conflit, est le minimum que la communauté internationale
puisse faire pour rassurer une population gravement traumatisée
par les violences qu'on lui impose depuis quatre ans.
Nous exigeons l'implication préalable de la communauté
internationale dans le processus devant conduire aux élections
post-conflit. C'est la seule manière de garantir la sécurité
des populations, des frontières, des candidats et des lieux de
vote en vue des scrutins transparents, libres et Justes pour tous les
candidats.
Honorables députés,
Votre pays est à nos yeux un modèle. Vous avez su bâtir,
sur les cendres de l'Apartheid, ce monstre qui confisquait les droits
de la majorité de la population Sud Africaine, une véritable
démocratie.
Votre expérience doit servir l'Afrique, votre puissance à
la défense du droit, des libertés et de la démocratie,
sans lesquels tout effort de développement est vain.
Je crois en l'Afrique et en ses potentialités. Si elle se
libère de la logique des coups d'État et des pronunciamiento,
elle sortira des conflits, combattra la misère et pourra
rivaliser avec les autres parties du monde en se consacrant à
son développement.
C'est cela le sens profond de la Renaissance africaine, c'est cela notre
défi commun pour le troisième millénaire, la restauration
de la paix et de la démocratie au Congo Brazzaville doit être
l'affaire de tous les Africains.
Je vous remercie !
|
|