APPEL À MOBILISATION GÉNÉRALE CONTRE LA PEUR - I -

Militantes, militants, sympathisantes, sympathisants de l’U.P.A.D.S notre parti

Aujourd’hui j’ai choisi de bousculer les usages convenus qui m’insupportent de plus en plus, parce qu’ils pérennisent un air de déjà vu sclérosé. A tout bien considéré, ils témoigneraient presque d’un manque d’imagination. Faire preuve d’imagination me semble une qualité hautement souhaitée dans la communication d’un homme politique, très peu exploitée par les hommes politiques traditionnels au Congo. Ce qui en limite le champ.

D’ordinaire ce sont des appels, des messages et des adresses. Je conçois qu’à terme cela finisse par lasser.

A bien y regarder vous conviendrez avec moi que dès qu’un de ces intitulés classiques se signale, il y a de plus en plus des gens qui haussent les épaules, en disant :"encore de la politique",entendez par là de la politique politicienne. Souvent la qualité et la portée du message en pâtissent. Quand c’est le cas comme chez nous, où une politique scélérate est mise en chantier, il va sans dire que cette infortune fait le bonheur des promoteurs de celle-ci. Je préfère pour cette fois un contexte plus familial et plus convivial pour parler avec vous, et à travers vous avec les milliers de Congolais de bon sens, qui ne sont pas aveuglés par l’effet d’appartenance à une région ou à un parti, mais plutôt préoccupés par l’avenir de notre pays dont à tout le moins, il y a lieu de s’alarmer.

Le style que je vous propose, pour inhabituel qu’il soit, devrait nous convenir à tous. Car il puise son essence dans l’africanité de nos mœurs. Notre culture ancienne voulait que la crise au sein de la communauté, appelle ses représentants le soir au coin du feu pour qu’ils en parlent. Bien entendu il ne s’agissait pas toujours de venir échanger des lénifiantes courtoisies, mais le plus souvent, avec le ton requis, dur au besoin, ferme souvent et toujours avec hauteur, d’attaquer de front le problème, avec la résolution de se comprendre, sans équivoque, et d’adopter le comportement qui s‘impose pour aller vers la solution.

Il se trouve qu’aujourd’hui est la première fois depuis un long moment, que je m’adresse à tout le parti, notre parti que je sais plein d’interrogations et d’attentes, je ne voudrai pas que pour cause d’usage suranné, vous puissiez manquer d’intérêt pour le moindre propos du tour d’horizon que je me propose de faire avec vous. De façon libre, à bâtons rompus.

Et puis tout compte fait, est-il indiqué d’haranguer les gens à la sortie d’une veillée ? Ces cinq dernières années ont été pour beaucoup de congolais sans doute, mais particulièrement pour la base de notre parti et celles du M.C.D.D.I et du R.D.D, qui les ont vécues dans leur chair et dans leur sang, dans leur fierté et dans leur dignité, la chose la plus sale, la plus immonde, la plus monstrueuse, la plus démente et la plus inhumaine qui soit. Un deuil noir insondable, de nature à appeler dans le cœur de l’homme, dans le cœur de chacune des victimes en tout cas, des tonnes de violence en retour, qu’aucun canon au monde ne saurait restituer avec la même force.

Que savions-nous en effet avant cela du composé de l’ivresse de la folie criminelle libérée avec la fécondité de l’inspiration humaine quant à déceler la torture la plus abjecte ?

Les choses se sont passées comme s’il y avait à battre les records des abominations nazies et celles de toutes les guerres qui ont le plus tragiquement endeuillé le monde. Ces atrocités diffusées par toutes les télévisions aux fins d’être flétries, se sont révélées être un humus inespéré pour nourrir l’excentricité d’esprits prédisposés. Je veux dire qui peut tuer si ce n’est quelqu’un de structuré pour ? Et qui peut tuer avec volupté et fantaisie si ce n’est quelqu’un de très peu ordinaire ? L’odieux, l’opprobre, marqueront pour longtemps les mémoires, que vivre ensemble demain peut sembler à priori hors de raison.

Pourtant il faudra aller puiser des ressources au plus profond de l’homme pour transcender. Nous savons en effet que toute cette diabolique production a été froidement planifiée pour traumatiser à vie les bases électorales des autres, c’est-à-dire celles de l’U.P.A.D.S, du M.C.D.D.I et du R.D.D, afin de les dégoûter de la politique, à en devenir allergiques au point de ne plus se battre, même démocratiquement, pour reprendre le pouvoir un jour.

Quand je considère cela je suis une fois de plus persuadé que nous nous devons mutuellement du tact, à l’heure de lever la veillée et projeter l’avenir. J’en dis un mot tout de suite; notre avenir c’est de reprendre le pouvoir. C’est une certitude absolue qui ne saurait surprendre, car tout homme de raison s’y attend plus ou moins. Nous reprendrons le pouvoir sans initier un boulevard de sang où il nous serait donné, d’étrangler, de violer, de décapiter ou de perforer les yeux du moindre congolais.

Dans son plan, Dieu nous ne nous avait pas ainsi programmés, je crois. La haine en retour n’est pas le combustible avec lequel nous allons relancer notre action. Car dans chaque région du Congo, même si à cause de la terreur ils sont devenus discrets, il y a des milliers de Congolais qui ont enfoui dans leur cœur, bien au chaud, les trois palmiers et les idéaux de notre parti. Une ire vengeresse dans ces conditions sélectionnerait comment ceux qui doivent subir et ceux qui doivent être épargnés ?

Cette façon de voir est une différence essentielle entre nous et ce qui se fait aujourd’hui. Le monde entier a appris que le Président du Congo a été élu à 90%, quand il bombarde dans le Pool est-il persuadé de ne pas tuer des gens qui participent de ces 90% ?

Ma question est naïve, c’est vrai que dans le secteur imputé à Ntumi l’on n’a pas pu voter, ce serait donc là que se retrouveraient les 10% réfractaires au plébiscite qu’il faille bombarder ?

Est-ce moins dément ?

Disons par ailleurs que cette "ikongonisation"du Pool n’est pas une tragédie uniquement du seul fait que les hélicoptères y déversent des tonnes de bombes, et qu’une région soit en train de disparaître progressivement, mais elle l’est doublement par l’indifférence du monde entier, qui en dépit des radios : la BBC et de RFI qui l’alertent de temps à autre, demeure de marbre. Si on peut se demander sur quelle galaxie se trouve l’O.N.U, la complicité la plus choquante, ne serait-ce que par défaut pour ne pas dire autre chose, c’est celle de l’Ambassadeur de France, qui est au courant de tout, qui se tait et donc avalise. C’est une caution à qui ?
A quoi ? Pourquoi ? Jusqu’où et jusqu’à quand ?

 
- « Plus un ordre viole la nature, l'habitude et la norme, et plus l'usage de la violence lui est indispensable »(Lanza del Vasto).- - « Un homme meurt chaque fois que l'un d'entre nous se tait devant la tyrannie »/ « Everytime somebody keep silent when faced with tyranny, someone else dies » ( Wole Soyinka, Prix Nobel de Littérature / Nobel Price for Literature ) .