RÈGLEMENT DES COMPTES

REBONDISSEMENT APRÈS UN DOUBLE MEURTRE EN ISÈRE : LES MYSTÈRES DU CONGO-KINSHASA SUR RHÔNE

Deux ressortissants congolais, en exil depuis l'arrivée au pouvoir de Kabila, avaient été retrouvés carbonisés dans une voiture à Chasse-sur-Rhône. Six mois plus tard, un diplomate niçois, un tenancier de bar d'Aix-en-Provence et un "décorateur" monégasque sont incarcérés à Vienne. Tous les trois sont soupçonnés d'être impliqués dans ces assassinats qui pourraient cacher une affaire d'État...

Derrière le double meurtre, se profile peut-être une affaire d'État.
Le 30 décembre 2000 dernier, en voyant la voiture carbonisée dans un champ, les riverains ont d'abord pensé à un rodéo ordinaire de fin de semaine. Les jeunes "sauvageons" des proches banlieues lyonnaises s'amusent, pendant quelques heures, avec un véhicule volé, avant d'y mettre une allumette. Ici, à Chasse-sur-Rhône (Isère), les gendarmes ont presque l'habitude.
Mais cette fois, c'est autre chose. A l'intérieur de la Renault Scenic, sur le siège arrière, on découvre deux corps calcinés... et criblés de balles. Un coup de grâce à été soigneusement tiré dans la nuque. Le double assassinat semble évident.

On a pu alors imaginer un règlement de comptes au sein du banditisme régional, à une époque où la "guerre pour les machines à sous" faisait rage. Mais non. Ce mystère des bords du Rhône prend finalement sa source dans les méandres du fleuve Congo. Une diffusion internationale permet bientôt de mettre un nom sur les corps brûlés : Aimé Atembina, 44 ans et Philémon Naluhwindja, 37 ans. Ces Congolais vivaient avec leur famille en Belgique, sous couvert d'asile politique. Le premier depuis la chute du président Mobutu en 1997, le second l'ayant rejoint en septembre 2000. Ils ont quitté leur domicile bruxellois la veille du drame, personne ne les a jamais revus. De quoi s'interroger. Les soupçons des enquêteurs de la SR de Grenoble sont d'ailleurs vite confirmés par les tests ADN. Voilà qui ne laisse plus de place au doute.

La personnalité des victimes donne au tableau une dimension imprévue. Atembina est le fils d'un ancien ambassadeur auprès du Vatican, et le beau?frère d'un général en vue. Lui-même fut capitaine dans la sinistre "Division Spéciale" "du maréchal-président Mobutu. L'arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila coïncide avec sa disgrâce... et son exil en Europe. On le dit proche des rebelles qui, le 10 janvier 2001 - soit quelques jours après le fait divers de Chasse-sur-Rhône, auront la peau de Kabila. Ça donne à réfléchir. Dans le bottin mondain congolais, Naluhwindja a également droit à un copieux chapitre. On le connaît mieux sous le nom de " Mwami " (" fils de roi "), en tant que chef des Maï-Maï ethnie guerrière du Kivu, une importante région de l'Est. Il brasse surtout des millions de dollars à la tête de la Société minière du Congo-Kinshasa, dont il a précipitamment liquidé les comptes en mettant le cap sur le vieux continent.

Atembina et Naluhwindja, désireux de retrouver leur " place dorée " au pays, n'ont-ils pas d'excellentes raisons de comploter contre Kabila ?

L'histoire, du coup, prend des airs " d'affaire Ben Barka " transposée en Afrique noire. D'autant que, au fil de l'enquête, il sera bientôt question d'un rôle éventuel joué par les services secrets français. Mais aussi de commerces en diamants et pétrole, de trafic d'armes, de blanchiment d'argent dans les casinos... autant d'hypothèses que l'on peut décliner sur le monde romanesque. Bien réel, en revanche, est la mise 'en examen, par le juge d'instruction de Vienne, d'un curieux trio pour " complicité d'assassinat ". Désormais incarcérés, ces trois personnages disparates n'ont qu'un point commun : celui de faire ensemble du business du côté de Kinshasa.

Tiens donc !

Le premier, Domenico Cocco, déjà condamné pour proxénétisme, tient un bar à Aix-en-Provence. Pour recruter des tueurs dans le milieu lyonnais, il aurait reçu 200 000 francs en espèces de la part du second, Benoît Chatel. Lequel se trouve être consul honoraire du Congo-Kinshasa à Nice!

Le diplomate réfute cette version, affirme avoir été " en contact avec la DGSE ", et désigne le troisième mis en examen, Alain Deverini, comme le commanditaire du a double assassinat. Deverini, citoyen monégasque qui exerce sur le Rocher l'honorable profession de " décorateur ", nie tout n en bloc. Son nom fut pourtant jadis cité dans la sulfureuse saga de la loge P2. Le 10 août 1983, Liccio Gelli dit " le Marionnettiste ", grand maître de la loge mafieuse, s'évadait dans des conditions rocambolesques de la prison Champ-Dollon à Genève. A Annecy, en Haute-Savoie, le fugitif prend un hélicoptère loué par Deverini ; tout comme la voiture qui attend à son arrivée à Monaco. On reproche encore à Deverini d'avoir fictivement employé Rafaelo, le fils aîné du truand italien, dans le seul but de lui offrir une couverture sociale. La décoration mène à tout, à condition d'en sortir.

Vienne, le juge d'instruction Raymond Pezzati tente désormais de démêler les fils de cette nébuleuse aux ramifications internationales. Son travail risque de le mener loin : luttes pour le pouvoir, interventions occultes, trafics en tous genres sur fond de barbouzerie... Ces Congolais assassinés, par une nuit d'hiver dans la campagne de Chasse-sur-Rhône, Les 'ont pas fini de faire parler d'eux.

Par Gilles DEBERNARDI

"In Dauphiné Libéré du 7 Juin 2001"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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