DÉCLARATION COMMUNE RELATIVE AU PROCESSUS ÉLECTORAL AU CONGO-BRAZZAVILLE
 

Son Excellence le Professeur Pascal LISSOUBA, Président constitutionnel du Congo-Brazzaville, Fondateur de l'UPADS ;

M. Bernard KOLELAS, ancien Premier ministre du Congo, ancien Député, Maire élu de Brazzaville, Président du MCDDI, Président de l'ERDDUN ;

M. Jacques Joachim YHOMBY OPANGO, ancien Chef de l'État, ancien Premier ministre, Président du RDD, Vice-Président de l'ERDDUN,

Agissant collégialement, au nom des intérêts supérieurs du peuple congolais et en vertu des devoirs qui nous sont conférés par la constitution congolaise de 1992 et par la confiance que le peuple congolais n'a cessé de témoigner à l'égard de nos partis lors des différents scrutins démocratiques organisés au Congo,

Réitérons notre attachement constant à la réconciliation nationale, à la paix et à la démocratie véritable, sans lesquelles la reconstruction du Congo et son développement resteront compromis.

Servir le peuple en le préservant des violences inutiles, est notre prédilection. Elle s'est traduite, dès le début de la crise, par l'ouverture des négociations politiques et la signature en septembre 1997 d'un accord de cessez-le-feu dit définitif. Ce dialogue politique, indispensable à la réconciliation de tous les acteurs de la vie politique congolaise, fut préconisé par l'accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités du 29 décembre 1999. Il demeure encore, comme partout ailleurs, le seul moyen sûr de sortir notre pays de l'impasse, en mettant en place - de façon consensuelle - un processus transparent de retour à une démocratie apaisée et acceptée par tous.

Considérant que :

nos partis politiques respectifs totalisent ensemble plus de 80 % des élus nationaux et locaux issus des dernières élections démocratiques ;

le pouvoir de Brazzaville ne dispose ni de la légitimité, ni de la représentativité nécessaire pour élaborer une constitution et conduire unilatéralement un processus électoral post-conflit, nous refusons ce processus électoral, dont les bases (listes électorales et loi électorale exclusive votée par un collège de citoyens nommés par M. SASSOU NGUESSO) non consensuelles constituent une entrave à l'unité nationale.

Nous dénonçons ce recensement électoral vicié, cette loi électorale scélérate et rejetons cette constitution faite sur mesure, annihilant les acquis démocratiques du peuple congolais et consacrant le pouvoir individuel.

En effet, l'Union Européenne (UE), l'Agence Internationale de la Francophonie (AIF) et les organes spécialisés comme l'IFES (la Fondation Internationale pour les Systèmes Électoraux) s'accordent sur le fait que le projet de constitution, que le pouvoir de Brazzaville s'apprête à soumettre au référendum, est une régression sur le plan des libertés, de l'équilibre des pouvoirs et du contrôle.

Afin d'épargner notre peuple, traumatisé par quatre années de violences meurtrières, des affres d'un nouveau conflit, nous demandons à la communauté internationale, notamment à l'ONU, à l'Union Européenne et aux États de l'Union Africaine : l'envoi immédiat d'une mission internationale d'évaluation composée de démographes et des experts en questions électorales qui, en concertation avec tous les partis politiques congolais, mettront en place une commission électorale indépendante, chargée de la révision de listes électorales et de l'organisation des différents scrutins, destinés à doter le pays de nouvelles institutions démocratiques.

Nous exigeons :

le départ de toutes les troupes militaires étrangères du Congo ;
le retour en terre congolaise de tous les exilés congolais afin qu'ils puissent participer à l'œuvre de reconstruction de notre pays ;

le déploiement d'une force internationale de sécurisation des différentes opérations électorales et de protection des hommes politiques, qui rentreront de l'exil.

Ces conditions sont indispensables à la tenue des élections libres et transparentes.

Confirmant notre détermination à agir dans l'unité, nous invitons tous les démocrates congolais à un sursaut patriotique et une mobilisation effective pour la sauvegarde de la paix et la restauration de la démocratie dans
notre pays.

Fait, le 3 décembre 2001

Le Professeur Pascal LISSOUBA

Bernard KOLELAS

Jacques Joachin YHOMBI OPANGO

 
- « Plus un ordre viole la nature, l'habitude et la norme, et plus l'usage de la violence lui est indispensable »(Lanza del Vasto).- - « Un homme meurt chaque fois que l'un d'entre nous se tait devant la tyrannie »/ « Everytime somebody keep silent when faced with tyranny, someone else dies » ( Wole Soyinka, Prix Nobel de Littérature / Nobel Prize for Literature ) .