DÉCLARATION

1. - Le Front Patriotique pour le Dialogue et la Réconciliation Nationale (FPDRN), créé par les partis politiques, les associations et les personnalités en exil, avait adopté une stratégie de règlement de la crise congolaise, fondée sur le dialogue national sans exclusive, conformément à l'article 13 de l'accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités, signé le 29 décembre 1999 entre le Pouvoir de Brazzaville et les Forces d'Auto-Défense de la Résistance.

2. - Pour atteindre les objectifs qu'il s'était fixés, le Front Patriotique a entrepris de nombreuses actions auprès du Médiateur international, son Excellence El Hadj Omar Bongo, Président de la République Gabonaise et de la Communauté internationale. C'est ainsi que répondant à l'appel du Médiateur, le Front Patriotique lui a remis à Libreville le 14 mars 2001, un plan de paix comprenant ses propositions de sortie de crise, par un dialogue consensuel. Ce plan portait aussi bien sur l'organisation que sur le contenu du dialogue. Toutes ces propositions ont été reprises dans un mémorandum rendu public le 24 mars 2001, et distribué aux Institutions et pays concernés par un règlement pacifique du conflit congolais.

3. - N'ayant reçu du Médiateur international aucune suite à ses propositions pertinentes, le Front Patriotique, fidèle à l'esprit de paix et de dialogue qui l'a toujours caractérisé, avait décidé d'envoyer une forte délégation à Brazzaville afin de soumettre et de défendre ses propositions auprès du Médiateur international et du Pouvoir de Brazzaville.

4. - Malheureusement, en dépit du silence du Médiateur et du refus du Pouvoir de Brazzaville de prendre en compte ses propositions, la délégation du Front Patriotique a, contre toute attente, décidé de participer au dialogue organisé unilatéralement par le Pouvoir de Brazzaville, partie au conflit. Ainsi, en adoptant l'avant-projet de constitution qui consacre le pouvoir absolu de M. Dénis Sassou-Nguesso ainsi que tous les actes de cette réunion dont une motion de soutien au régime de Brazzaville et, en signant la convention sanctionnant les travaux du pseudo-dialogue, la délégation a manifestement outrepassé le mandat qui lui avait été confié le 07 avril 2001, par le Conseil d'Orientation du Front Patriotique pour le Dialogue et la Réconciliation Nationale.

5. - Par ce comportement, la délégation du Front Patriotique a indéniablement cautionné la mascarade de dialogue organisée par le Pouvoir de Brazzaville tout en "donnant un chèque en blanc"au général Sassou-Nguesso. A contrario, il apparaît clairement que par ce monologue, le Pouvoir de Brazzaville, plutôt préoccupé par sa légitimation, n'a apporté aucune réponse concrète au problème des nombreuses victimes de la guerre et à la relance du processus démocratique, tandis qu'il continue de maintenir des troupes étrangères sur le territoire national, au mépris de la résolution N°S/PRST/1997/147 du 16 octobre 1997 du Conseil de Sécurité.

6. - Le Front Patriotique s'étant visiblement écarté de ses objectifs fondamentaux contenus dans sa déclaration de principes, ses statuts et son mémorandum du 24 mars 2001. Constatant en outre que la mission originelle du Front étant terminée,
Nous, signataires de la présente Déclaration, proclamons solennellement ne pas être liés par les engagements visibles ou occultes pris par la délégation du Front à Brazzaville et déclarons ne pas nous associer à la nouvelle orientation consistant à transformer le Front Patriotique en parti politique, en vue de nouvelles alliances politiques.

7. - En conséquence et compte tenu du caractère factuel du Front Patriotique, décidons de démissionner du Front Patriotique pour le Dialogue et la Réconciliation Nationale. Proclamons notre volonté de continuer d'œuvrer avec les autres forces démocratiques et les autres structures du pays, dans la recherche d'une solution conduisant à une paix durable et à une réconciliation nationale véritable, par un dialogue qui implique directement les principaux protagonistes de la crise congolaise, à savoir : le Président Pascal Lissouba, le Président Dénis Sassou-Nguesso, le Président Jacques Joachim Yhombi-Opango et le Premier Ministre Bernard Kolélas.

8. - Lançons un vibrant appel à la communauté internationale, pour que tout soit mis en œuvre afin de réconcilier les filles et les fils du Congo.


Fait à Paris le, 08 juin 2001

Ange-Édouard Poungui Paul Kaya
Nimi-Madingou François Bita
Grégoire Moubéri Jean Itadi
André Georges Mouyabi Pascal Tsaty-Mabiala
Jean Marie Epouma Albert Moungondo
Martial Bouloud Wilfrid Ognamy
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