Désastre humanitaire au
Congo-Brazzaville
Selon un ministre congolais, "80 % de la population du Pool
est déplacée à Brazzaville et à l'intérieur
de la région et dans les régions limitrophes".
La raison ? Forces gouvernementales et rebelles Ninjas y multiplient
les exactions. Dans ce document exclusif, des réfugiés
du camp de Mansimou, au sud de Brazzaville, racontent comment
ils ont fui," pour échapper aux miliciens ou militaires".
Dans ce camp géré par la paroisse protestante
de Mansimou, ils sont environ 1 500. "Dés qu'un camp
est plein, on en ouvre un autre. Le premier a ouvert en octobre.
On en compte déjà sept, soit environ 8 000 réfugiés"
explique l'auteur de ces images, Bernard Coyault. Ce dernier coordonne
la mise en place au Congo de neuf projets de solidarité
pour la Fédération Protestante de France (FPF),
en collaboration avec l'Eglise Evangélique du Congo et
l'Armée du Salut au Congo.
Des projets essentiels dans ce pays riche, mais exsangue : les
trois quarts de la population y vivent en dessous du seuil de
pauvreté. Reconstruction, éducation et formation,
santé, insertion des jeunes femmes... et formation des
pasteurs : telles sont les "missions" que s'était
fixées la FPF, au lendemain d'une décennie chaotique,
où aux guerres civiles, succédaient les instabilités
politiques.
Malheureusement, entre son premier séjour sur place, en
janvier, et le dernier, en novembre, Bernard Coyault constate
que la situation évolue de manière inquiétante
: "la paix était revenue. Les gens commençaient
à croire à nouveau dans l'avenir, à avoir
des projets. Aujourd'hui, l'inquiétude se lit à
nouveau sur les visages", déplore-t-il. "On se
doit de témoigner, insiste-t-il. Là-bas, tout le
monde a cette question à la bouche : pourquoi ce silence
des médias français ?".
La reconstruction n'attend pas. Malgré le contexte difficile
et les troubles dans la région Pool, il s'agit désormais
pour les églises, mouvements ou oeuvres de la FPF (la Cimade,
l'Armée du Salut, le Service Protestant de Mission, entre
autres...) d'appuyer les initiatives et les projets des églises
au Congo, qui contribuent à "améliorer le quotidien"
de ces populations qui ont parfois tout perdu.
En 2001, les deux principaux opposants à M.Sassou N'Guesso,
Pascal Lissouba, président entre 1992 et 1997, et Bernard
Kolelas, étaient exclus du "dialogue national sans
exclusive", qui posait pourtant les bases du processus de
démocratisation et de pacification... Un calendrier électoral
très ambitieux était alors décidé.
Et tenu : en janvier 2002, la nouvelle constitution était
adoptée, malgré les critiques des organisations
de défense des droits de l'homme et des partis d'opposition.
Elle donne en effet quasiment les pleins pouvoirs à M.
Sassou N'Guesso, et les candidats à l'élection présidentielle
doivent obligatoirement prouver deux ans de résidence au
Congo. Exit, donc, les opposants exilés...
En mars, M. Sassou N'Guesso, arrivé au pouvoir en 1997
par la guerre civile (il était en troisième position
au premier tour de l'élection de 1992...) est élu
président avec 82 % des voies. En mai, les résultats
des élections législatives sont largement favorables
à ses partisans. Dés lors, les combats reprenaient
dans la région du Pool entre forces gouvernementales et
d'opposition. Et dés juillet, 66 000 déplacés
étaient recensés par les Nations-Unies, et les organisations
humanitaires s'insurgeaient de l'impossibilité d'accès
à ces populations.
Aujourd'hui, "la situation empire de jour an jour. Les combats
s'intensifient dans la région du Pool, les populations
y vivent un calvaire intolérable, la population brazzavilloise
souffre des pénuries et de la chereté des prix.
Enfin, il semble que des forces étrangères –
notamment l'armée angolaise - soient toujours présentes
dans le pays" constate M. Coyault. Les Congolais étaient
prêts à se montrer patients quant à la démocratisation
de leur pays. Ils désespèrent donc à nouveau
de vivre en paix.
"A l'intérieur de la région du Pool, notamment
dans les districts de Louingui, Boko, Loumo, touchés par
les attaques depuis deux semaines seulement, les populations sont
bloquées (...), coincées entre l'armée et
les Ninjas (...). Il y a donc en ce moment à Louingui,
à Kinkala par exemple, de vastes sites de plus de 20.000
personnes chacun. La faim et les maladies sont les pires ennemis
de ces populations qui manquent de tout (...). Les humanitaires
n'ont toujours pas accès à ces populations"
écrivait il y a trois jours un correspondant sur place
de M. Coyault.
Ainsi, selon la même source, si le Ministre Isidore Mvouba,
chargé de la coordination de l'action gouvernementale,
a déclaré la semaine dernière, en lançant
l'opération collecte des dons pour les déplacés,
que "80 % de la population du Pool est déplacée",
"les 20 % restant représentent en fait la population
de la partie du Pool située au Nord de Brazzaville dans
deux districts".
Le 18 novembre, le Président de la République Denis
Sassou Nguesso a posé un ultimatum : les rebelles Ninjas
ont jusqu'au 18 décembre prochain pour sortir du Pool,
via un couloir humanitaire, et déposer les armes. M. Sassou
s'est personnellement engagé à garantir leur sécurité.
Mais une semaine plus tard, selon la Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et l'Observatoire
congolais des droits de l'Homme (OCDH), "des personnes originaires
de Moutampa, district de Mbandza-Ndounga dans le Pool, ont été
abattues par des éléments de la force publique après
avoir été l'objet de tortures. Un rescapé
de treize ans a pu témoigner de ce massacre qui a conduit
à l'exécution de neuf civils". Par ailleurs,
"le marché de Kinkala aurait été bombardé
par des hélicoptères de combats, causant plusieurs
morts et blessés graves.
De même, un site de personnes déplacées a
également subi ce genre de bombardements, notamment dans
le village de Yangui, à seize kilomètres de Kinkala
et soixante-quinze kilomètres de Brazzaville", affirment
ces deux organisations.
"La population continue à affluer à Brazzaville,
mais elle évite désormais les sites. Les arrivants
vont directement dans les familles au sein des quartiers sud,
les sites n'hébergeant plus que ceux qui manquent de parents
à Brazza" confirme le correspondant de la FPF. Le
Général Bouissa Matoko, quant à lui, "serait
actuellement détenu à Kinshasa dans un lieu tenu
secret alors qu'il sortait de la forêt du Pool, pour semble-t-il,
une mission de médiation avec le Pasteur Ntoumi (NDLR :
à la tête des rebelles Ninjas)" dénoncent
encore la FIDH et l'OCDH.
Villages dévastés, pillages, viols, exécutions
sommaires (cf notre vidéo de témoignages) : voilà
donc le calvaire que subissent les populations du Pool. "Ces
souffrances constituent les seuls résultats perceptibles
de la solution militaire telle qu'elle a été adoptée
par le pouvoir en place" déplorent la FIDH et l'OCDH.
"Les attaques des Ninjas se sont généralisées
dans toute la région, (...) jetant toutes les populations
sur les routes ou dans des sites de déplacés à
l'intérieur de la région. Tous affirment que les
Ninjas ont des armes neuves et sont bien équipés.
D'où vient cet armement alors qu'ils ne sont pas en contact
avec l'extérieur pour s'en approvisionner ? C'est la question
que tout le monde se pose" relate un correspondant sur place...