Désastre humanitaire au Congo-Brazzaville
POUR FINIR l'AN 2002 EN "BEAUTÉ", LE BOURREAU DE BRAZZA ET LES ANGOLAIS EN FLAGRAND DELIT DE : MASSACRES, BOMBARDEMENTS, PILLAGES, VIOLS...La France officielle applaudit !

Désastre humanitaire au Congo-Brazzaville

Selon un ministre congolais, "80 % de la population du Pool est déplacée à Brazzaville et à l'intérieur de la région et dans les régions limitrophes". La raison ? Forces gouvernementales et rebelles Ninjas y multiplient les exactions. Dans ce document exclusif, des réfugiés du camp de Mansimou, au sud de Brazzaville, racontent comment ils ont fui," pour échapper aux miliciens ou militaires".

Dans ce camp géré par la paroisse protestante de Mansimou, ils sont environ 1 500. "Dés qu'un camp est plein, on en ouvre un autre. Le premier a ouvert en octobre. On en compte déjà sept, soit environ 8 000 réfugiés" explique l'auteur de ces images, Bernard Coyault. Ce dernier coordonne la mise en place au Congo de neuf projets de solidarité pour la Fédération Protestante de France (FPF), en collaboration avec l'Eglise Evangélique du Congo et l'Armée du Salut au Congo.

Des projets essentiels dans ce pays riche, mais exsangue : les trois quarts de la population y vivent en dessous du seuil de pauvreté. Reconstruction, éducation et formation, santé, insertion des jeunes femmes... et formation des pasteurs : telles sont les "missions" que s'était fixées la FPF, au lendemain d'une décennie chaotique, où aux guerres civiles, succédaient les instabilités politiques.

Malheureusement, entre son premier séjour sur place, en janvier, et le dernier, en novembre, Bernard Coyault constate que la situation évolue de manière inquiétante : "la paix était revenue. Les gens commençaient à croire à nouveau dans l'avenir, à avoir des projets. Aujourd'hui, l'inquiétude se lit à nouveau sur les visages", déplore-t-il. "On se doit de témoigner, insiste-t-il. Là-bas, tout le monde a cette question à la bouche : pourquoi ce silence des médias français ?".

La reconstruction n'attend pas. Malgré le contexte difficile et les troubles dans la région Pool, il s'agit désormais pour les églises, mouvements ou oeuvres de la FPF (la Cimade, l'Armée du Salut, le Service Protestant de Mission, entre autres...) d'appuyer les initiatives et les projets des églises au Congo, qui contribuent à "améliorer le quotidien" de ces populations qui ont parfois tout perdu.

En 2001, les deux principaux opposants à M.Sassou N'Guesso, Pascal Lissouba, président entre 1992 et 1997, et Bernard Kolelas, étaient exclus du "dialogue national sans exclusive", qui posait pourtant les bases du processus de démocratisation et de pacification... Un calendrier électoral très ambitieux était alors décidé. Et tenu : en janvier 2002, la nouvelle constitution était adoptée, malgré les critiques des organisations de défense des droits de l'homme et des partis d'opposition. Elle donne en effet quasiment les pleins pouvoirs à M. Sassou N'Guesso, et les candidats à l'élection présidentielle doivent obligatoirement prouver deux ans de résidence au Congo. Exit, donc, les opposants exilés...

En mars, M. Sassou N'Guesso, arrivé au pouvoir en 1997 par la guerre civile (il était en troisième position au premier tour de l'élection de 1992...) est élu président avec 82 % des voies. En mai, les résultats des élections législatives sont largement favorables à ses partisans. Dés lors, les combats reprenaient dans la région du Pool entre forces gouvernementales et d'opposition. Et dés juillet, 66 000 déplacés étaient recensés par les Nations-Unies, et les organisations humanitaires s'insurgeaient de l'impossibilité d'accès à ces populations.

Aujourd'hui, "la situation empire de jour an jour. Les combats s'intensifient dans la région du Pool, les populations y vivent un calvaire intolérable, la population brazzavilloise souffre des pénuries et de la chereté des prix. Enfin, il semble que des forces étrangères – notamment l'armée angolaise - soient toujours présentes dans le pays" constate M. Coyault. Les Congolais étaient prêts à se montrer patients quant à la démocratisation de leur pays. Ils désespèrent donc à nouveau de vivre en paix.

"A l'intérieur de la région du Pool, notamment dans les districts de Louingui, Boko, Loumo, touchés par les attaques depuis deux semaines seulement, les populations sont bloquées (...), coincées entre l'armée et les Ninjas (...). Il y a donc en ce moment à Louingui, à Kinkala par exemple, de vastes sites de plus de 20.000 personnes chacun. La faim et les maladies sont les pires ennemis de ces populations qui manquent de tout (...). Les humanitaires n'ont toujours pas accès à ces populations" écrivait il y a trois jours un correspondant sur place de M. Coyault.

Ainsi, selon la même source, si le Ministre Isidore Mvouba, chargé de la coordination de l'action gouvernementale, a déclaré la semaine dernière, en lançant l'opération collecte des dons pour les déplacés, que "80 % de la population du Pool est déplacée", "les 20 % restant représentent en fait la population de la partie du Pool située au Nord de Brazzaville dans deux districts".

Le 18 novembre, le Président de la République Denis Sassou Nguesso a posé un ultimatum : les rebelles Ninjas ont jusqu'au 18 décembre prochain pour sortir du Pool, via un couloir humanitaire, et déposer les armes. M. Sassou s'est personnellement engagé à garantir leur sécurité. Mais une semaine plus tard, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH), "des personnes originaires de Moutampa, district de Mbandza-Ndounga dans le Pool, ont été abattues par des éléments de la force publique après avoir été l'objet de tortures. Un rescapé de treize ans a pu témoigner de ce massacre qui a conduit à l'exécution de neuf civils". Par ailleurs, "le marché de Kinkala aurait été bombardé par des hélicoptères de combats, causant plusieurs morts et blessés graves.

De même, un site de personnes déplacées a également subi ce genre de bombardements, notamment dans le village de Yangui, à seize kilomètres de Kinkala et soixante-quinze kilomètres de Brazzaville", affirment ces deux organisations.

"La population continue à affluer à Brazzaville, mais elle évite désormais les sites. Les arrivants vont directement dans les familles au sein des quartiers sud, les sites n'hébergeant plus que ceux qui manquent de parents à Brazza" confirme le correspondant de la FPF. Le Général Bouissa Matoko, quant à lui, "serait actuellement détenu à Kinshasa dans un lieu tenu secret alors qu'il sortait de la forêt du Pool, pour semble-t-il, une mission de médiation avec le Pasteur Ntoumi (NDLR : à la tête des rebelles Ninjas)" dénoncent encore la FIDH et l'OCDH.

Villages dévastés, pillages, viols, exécutions sommaires (cf notre vidéo de témoignages) : voilà donc le calvaire que subissent les populations du Pool. "Ces souffrances constituent les seuls résultats perceptibles de la solution militaire telle qu'elle a été adoptée par le pouvoir en place" déplorent la FIDH et l'OCDH. "Les attaques des Ninjas se sont généralisées dans toute la région, (...) jetant toutes les populations sur les routes ou dans des sites de déplacés à l'intérieur de la région. Tous affirment que les Ninjas ont des armes neuves et sont bien équipés. D'où vient cet armement alors qu'ils ne sont pas en contact avec l'extérieur pour s'en approvisionner ? C'est la question que tout le monde se pose" relate un correspondant sur place...

Par Vincent Riou

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