BARBARIE ET EXERCICE PYROTECHNIQUE COLONIAUX FRANÇAIS

Les administrateurs coloniaux n'étaient pas tous de distingués humanistes soucieux d'apporter la civilisation et les valeurs de la République jusqu'au coeur de la forêt tropicale. Beaucoup d'entre eux étaient des têtes brûlées ou des fils de famille envoyés expier hors de la métropole leurs fautes de jeunesse.

Le nom de l'un d'entre eux est passé dans le langage courant : il s'appelait Toqué et, avec l'un de ses collègues, Gaud, il régnait sur une vaste région du Moyen-Congo. Après avoir abusé de l'absinthe, ils célébrèrent le 14 juillet 1900 en organisant un feu d'artifice d'un genre particulier : l'un de leurs administrés n'ayant pas payé la captation (l'impôt par tête) en temps et heure, il fut arrêté et on lia autour de son corps des bâtons de dynamite qu'on fit exploser devant la population du village et quelques européens de la région.

L'affaire fut ébruitée par un missionnaire qui entretenait des rapports peu cordiaux avec les deux administrateurs. Pierre Savorgan de Brazza, qui avait donné à la France à la France le bassin du Congo, fut rappelé de sa retraite à Alger et envoyé au Congo pour enquêter. Après avoir longuement interrogé les chefs coutumiers [qui ne parlaient ni ne comprenaient le français !!!???), il rédigea un rapport d'une «extrême» sévérité.

Le document fut classé sans suite. En fait, Savorgan de Brazza mourut sur le chemin du retour, victime apparemment d'un empoisonnement. Une disparition bienvenue. Toqué et Gaud furent condamnés par le tribunal de Brazzaville à quelques mois de prison, puis rapidement amnistiés.

[ Lire : Un livre noir du colonialisme : souvenir sur la colonisation, de Félicien CHALLAYE, aux éditions «Les nuits rouges]

La Colonne VOULET-Chanoine

 

Bon nombres d'officiers servant en Afrique noire (AOF = Afrique Occidentale Française, AEF = Afrique Équatoriale Française) succombaient à une curieuse maladie, la «soudanite», dont la version algérienne était la «saharite».

La solitude, l'abus de l'alcool ou l'éloignement de leurs supérieurs hiérarchique les faisaient devenir fous et ils se livraient alors, en toute impunité, à des exactions que les autorités s'efforçaient de dissimuler.

Ce fut le cas lors de la Mission Afrique Centrale confiée en 1898-1899 aux capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine, deux officiers qui s'étaient illustrés lors de la conquête de l'empire Mosi (Burkina Faso), en réprimant sauvagement l'insurrection de Samos. Cette fois, ils étaient chargés d'opérer la jonction de leur colonne sur le lac Tchad avec deux autres missions, l'une partie d'Algérie, l'autre du Moyen-Congo.

Désobéissant(??!!!) aux consignes données par le Secrétaire d'État aux colonies, Lebon, les deux officiers dévièrent de leur route initiale et entreprirent de massacrer les habitants des villages qui refusaient de leur fournir vivres et porteurs.

Les tueries auxquelles se livrèrent ces militaires contrastaient à ce point avec les méthodes utilisées pour la conquête du Soudan français (Mali et Bénin) ou la Côte d'Ivoire que Paris envoya pour les arrêter le lieutenant-colonel Klobb. Voulet qui rêvait de se tailler un empire en Afrique Centrale, fit tuer l'importun (Klobb) le 14 juillet 1899 avant d'être, lui et son complice Chanoine, abattu par leurs hommes. L'affaire provoqua de nombreuses interpellations à la Chambre et fut minutieusement relatée par un député de l'Hérault, Vigne d'Octon, auteur de plusieurs pamphlets anticolonialistes.

L'affaire connu un rebondissement quand en 1923, un jeune administrateur colonial, Robert Delavignette, commandant de cercle à Tessaoua au Niger, fit ouvrir les tombes supposées des deux officiers. Celles-ci étaient vides.

Il semble qu'ils aient, en fait bénéficié d'un gentlemen's agreement : Ils auraient été laissés en vie à condition de finir leur jours auprès des Touaregs, l'administration ayant parfois recours à eux pour mater certaines insurrections, comme celle qui menaça Agadès et Zinder en 1916-1917.
[ Lire : le Grand Capitaine, de Jacques Francis Roland, aux éditions Grasset. Et : Les fils de Roi : la colonne Voulet-Chanoine, de Jean-Claude Siméon aux éditions Lattès]