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Mercredi 27 décembre
À Monsieur Max, gérant de " L'Exotique "
Cher ami,
Ça ne pouvait tomber plus mal. Ces péripéties judiciaires
compromettent évidemment mon projet pour le réveillon.
J'annule donc ma réservation pour dix, des personnalités
africaines pour la plupart. Tout le monde a été prévenu
mais je vous demande néanmoins d'être vigilant et de refuser
quiconque se présenterait en mon nom. [Avec les nègres
il faut s'en méfier comme du Sida.] Merci aussi de bien vouloir
me restituer les arrhes au plus vite. Bien que je prévienne tardivement,
je ne me fais aucun souci. Je sais que mon désistement fera des
heureux parmi tous ceux qui rêvent d'avoir une table chez vous
dans trois jours.
J'enrage, par contre, de rater le spectacle Dans la moiteur du fleuve.
On le dit encore plus " ambiancé " que les autres
années. Peut-être sera-t-il possible, quand les choses
seront rentrées dans l'ordre, d'organiser une représentation
privée ? En souvenir du bon vieux temps et de mes amis de
la commission de sécurité qui avaient su se montrer
si aimables. C'était en 1994, mais qui peut l'avoir oublié
? Certainement pas vous.
A bientôt !

Mercredi 27 décembre
Cher Préfet,
J'ai toute confiance dans ce que vous pourrez dire au juge, comme vous
avez toute confiance dans ce que je lui dirai moi-même. Mais parfois,
c'est " l'après " qui m'inquiète. Regardez,
par exemple, ce qui est arrivé à notre collègue,
le fils du général de la DGSE. Dix ans qu'il travaillait,
comme nous, pour notre ami. Bons et loyaux services. Et puis soudain,
il y a trois mois, alors que l'enquête progresse, l'accident.
Le brave garçon, 40 ans, en pleine forme, tombe de sa fenêtre
en voulant fermer les volets. Mort sur le coup. Faut être maladroit
! C'est la grande originalité de la barbouzerie française
que de toujours inventer des trucs plausibles. Quand je pense qu'on
s'arrache ses services dans tous les régimes pourris de la planète
!
Comprenez-moi bien. Si demain, par malheur, j'attrape ne serait-ce qu'un
rhume qui me paraît suspect, je déclenche une guerre nucléaire
dont ni vous ni vos amis ne sortirez indemnes. Il y a, dans quelques
coffres soigneusement choisis, de quoi vous empêcher de dormir,
vous et le gros Méridional prétentieux, jusqu'à
la fin de vos jours

jeudi 28 décembre
Les dernières nouvelles :j'ai écrit à cette
vieille carne de Dumas, mais avec les formes. Il adore ça.
Et tu sais quoi ? Le cher homme aurait envoyé il y a quelques
semaines une longue bafouille à Jospin pour lui expliquer
qu'il valait mieux que la justice arrête de l'emmerder, parce
que s'il se mettait de mauvaise humeur, ça pourrait faire
un sacré bordel dans sa gauche plurielle. Il a raison le
vieux ! Tant que la justice s'amusait avec les histoires de cul
de cette garce de Deviers-Joncour, ça m'a fait rigoler. Mais
quand je pense qu'on vient m'emmerder pour treize malheureux millions
de francs, alors qu'elle, c'est quatre fois plus qu'elle a mis à
gauche ! Faut en faire des parties de poker! Mais je ne me fais
pas de soucis, dans le rôle du vieil amant trompé et
exploité, Dumas est impeccable. Et puis les histoires de
statuettes et de godasses de luxe, c'est de la roupie de sansonnet.
Là où ça risque de se corser, c'est si les
juges finissent par foutre leur nez dans cette histoire de vente
de frégates à Taiwan. J'étais encore à
l'Élysée quand le marché a été
conclu. Une commande de 12 milliards de francs ! À l'époque,
on était au courant de tout. Et comme il fallait bien vivre,
on a géré cette manne. Et, crois-moi, certains bons
serviteurs de l'Élysée ont été les premiers
arrosés. Ils en ont bien profité du trésor
de guerre. Mais maintenant, ils ne se rappellent plus de rien, ces
amnésiques
Ah oui ! j'allais oublier : j'ai aussi écrit à l'ami
Jack. Il paraît qu'il est toujours prêt à rendre
service. Qu'est-ce qu'il a pu nous emmerder celui-là ! On
n'a jamais réussi à s'en défaire. Et puis,
lui et la mère Monique, qui aime tant les petites robes Agnès
b., pingres qu'ils sont, t'as pas idée ! Le teinturier ?
Circulez, y a rien à voir ! Le boucher ? Pareil. Ah ! ceux-là,
on les a jamais coincés. Mais un jour, tu verras, ça
fera du grabuge. Et puis ces associations dévouées
qui s'y collent pour les factures de téléphone i Enfin,
Lang aussi sait que je sais et c'est pour cela que j'ai cru bon
de me rappeler à son souvenir. Il se vante partout de peser
dans le gouvernement ? je vais lui donner l'occasion de le prouver!
À toi, je sais que je peux faire confiance et tu es bien le seul.
Si ce que je t'écris 1â se retrouvait dans les journaux,
demain c'est la révolution! Au moins, te voilà un citoyen
informé. Tu vas voir que tu ne vas plus les regarder à
la télé de la même façon. Comme dit un vieux
proverbe africain, " pour monter aux cocotiers, il faut avoir le
cul propre ". En France aujourd'hui, les cocotiers, tu peux tous
les abattre.
J'ai été long mais quand je t'écris à toi,
je respire un peu. Un vrai luxe!
Je t'embrasse.
Jean-Christophe
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