|
COMMENT LES FRANCS-MAÇONS
FRANÇAIS CONTRÔLENT ET DOMINENT L'AFRIQUE NOIRE
Les yeux un peu bouffis par d'incessants
vols de nuit et des agapes toujours trop arrosées, Guy Penne, nouveau
conseiller pour les Affaires africaines de l'Élysée, est introduit
au Palais, à Cotonou, dans le bureau du président Mathieu Kérékou.
C'est l'été 1981 : depuis quelques mois, la gauche s'est installée
au pouvoir en France.
Alors marxiste-léniniste affiché, le Président béninois n'en regarde
pas moins d'un air soupçonneux le conseiller français s'avancer
vers lui, le veston un peu froissé. En 1975, Paris avait donné son
feu vert à une tentative de coup d'État au Bénin, opérée par Bob
Denard et ses mercenaires. Plus tard, l'issue d'élections, Mathieu
Kérékou perdra le pouvoir
Après quelques années de traversée du désert, il reviendra en 1996
transformé en " président-caméléon ", transi de libéralisme et de
ferveur religieuse, une bible sur son bureau, la faucille et le
marteau dan le placard..
Mais quinze ans plus tôt, en 1981, Kérékou avait une paranoïa justifiée
et n'était pas un interlocuteur facile pour le tout nouveau chargé
de Affaires africaines de la France " impérialiste ". Au début de
la conversation, Guy Penne n'était d'ailleurs pas très à l'aise
face au " camarade révolutionnaire ".
Après avoir tripoté sa cravate au motif de chaînes symboliques,
il se jette à l'eau :
"A propos, monsieur le Président, je voulais vous prévenir que
cet après-midi, on va se réunir avec mes amis francs-maçons.
- Ah! parce que vous êtes franc-maçon ? " feint de s'étonner
Mathieu Kérékou, au large visage mâtiné d'ingénuité. "
- Oui, monsieur le Président.
- Et le président François Mitterrand le sait ?
- Bien sûr, monsieur le Président.
- Qui me dit que vos amis béninois ne complotent pas contre moi?
- Je puis vous assurer du contraire, monsieur le Président. Ils
vous ont d'ailleurs demandé l'autorisation de se réunir, mais vous n'avez
toujours rien signé. Je préfère en tout cas vous dire moi-même que je
vais participer à cette réunion, avant que l'un de vos policiers ne
vienne vous raconter je ne sais quelle histoire.
" Dignitaire du Grand Orient de France, Guy Penne passera ainsi
son après-midi à une "tenue" de la Grande Loge du Bénin. Il fera
lui-même signer un peu lus tard au président béninois une autorisation
de réunions régulières pour ses " fraters ".
Il disposera ainsi dans tous les pays africains d'un ou deux vénérables
pour quelques renseignements confidentiels, autres que ceux des
circuits officiels. Le plus connu de ces " frères " sur lequel il
s'appuiera dans les capitales africaines, est au Cameroun l'avocat
Gérard Wolber.
Avant le Parti socialiste, il a déjà passé de chaleureux moments
avec ce dernier à la MNEF (Mutuelle nationale des étudiants de France),
où les deux responsables échafaudaient chaque soir les stratégies
meurtrières des réunions du lendemain. Rien de tel que la politique
syndicale diurne qui se termine dans les agapes des loges pour former
les hommes de pouvoir.
L'un des seuls Blancs inscrits au Barreau de Yaoundé, Gérard Wolber,
analyste hors pair de l'ethnopolitique locale, sera l'antenne du
" frère " Penne. Secret pour secret, celui de la maçonnerie vaut
largement le chiffrement des télégrammes de l'Ambassade. Plus d'une
fois le conseiller de l'Élysée laissera le " frère " Wolber un peu
décontenancé sur le tarmac de l'aéroport de Yaoundé, en redécollant
immédiatement avec un Falcon non immatriculé. Pas même une équerre
et un compas sur l'aile...
|