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Chers membres du Comité Mixte d'Actions Spéciales,
Comme je le fais traditionnellement depuis octobre 1997, après tous
les discours officiels que j'ai tenus ces derniers temps, lesquels comme
vous le savez bien, sont destinés aux chancelleries étrangères et au
grand public mais non aux hommes du pouvoir que vous êtes, je tiens
à réaffirmer devant vous, les grandes orientations qui doivent guider
notre action pour cette année 2000.
Celles-ci résultent des engagements que nous avons pris ensemble lors
de notre première réunion du 10 novembre 1996 sur la prise du pouvoir,
sur les techniques de sa consolidation et les moyens de sa pérennisation.
Il vous appartiendra au cours de cette première réunion annuelle d'y
réfléchir et d'en déterminer les modalités d'application. Je dois vous
rassurer que les accords signés ça et là s'inscrivent dans le cadre
des diversions prévues dans notre stratégie, nécessaires pour notre
image et ne doivent en aucun cas entamer votre moral. Nous devons continuer
de nous appuyer sur la force comme moyen essentiel de la conservation
du pouvoir.
Au demeurant, je ne peux manquer de vous rendre un vibrant hommage
pour les victoires remportées jusqu'à ce jour. Malgré un environnement
caractérisé par un tintamarre médiatique contre notre régime, vous avez
su appliquer le célèbre précepte de Mao Zedong : "Le pouvoir est
au bout du fusil".
Nous n'avons pas droit à l'erreur d'analyse. Quand il s'agit de l'Afrique,
les Occidentaux ne respectent que la force tout en prenant le soin de
se cacher derrière la reconnaissance des états et non des régimes. Le
slogan "Le pouvoir ou la mort" doit être gravé dans la conscience de
chacun de nos hommes. Je ne vous rappellerais jamais assez que le retour
de la paix signifie la perte de notre pouvoir.
Vous réalisez à présent à quel point l'arsenal militaire de l'Angola
nous est précieux. Peu importe que, politiquement, nous ne représentions
que 15 % de la population. Le peuple n'est ni plus ni moins qu'un bouclier
dont il faut se servir habilement. L'essentiel est d'avoir la force
militaire de notre côté. Nos deux ans de règne contre la volonté de
la majorité du pays et d'une bonne partie de l'opinion internationale
en sont la preuve.
Le maintien de l'état de guerre à l'instar de l'Angola, l'extermination
progressive des populations qui nous sont hostiles, la répression conséquente
de toute velléité d'opposition intérieure, le musellement de la presse
nationale, la traque de tous nos opposants partout où ils se trouvent
à l'étranger, la déstabilisation des associations et des personnalités
étrangères critiquant notre régime, la désinformation de l'opinion nationale
et internationale grâce aux puissants moyens de presse dont nous disposons
doivent demeurer les principaux axes de notre politique. L'application
rigoureuse de celle-ci est le seul gage de la survie de notre régime.
C'est pourquoi, pour cette première réunion annuelle du Comité Mixte
d'Actions Spéciales élargie aux chefs d'antennes territoriales et socioprofessionnelles,
je vous invite à réfléchir profondément sur les points suivants:
Poursuivre l'opération Mouébara dans les nouvelles conditions des
accords de Pointe-Noire et de Brazzaville, parachever impérativement
le dépeuplement des 430 000 personnes prévu dans sa dernière phase
dont l'exécution a été perturbée par les accords précités, car si
les résultats sont très satisfaisants dans le Pool, qui est aujourd'hui
vidé d'environ trois quart de sa population, ils restent cependant
très modestes pour les autres régions ciblées, utiliser pour cette
mission uniquement des hélicoptères de combat et en faire porter
la responsabilité de la provocation aux partisans de l'ancien régime
;
Recenser les membres de nos pelletons d'exécution qui menacent de
révéler l'existence et l'emplacement des charniers à la presse étrangère
et les mettre sous haute surveillance jusqu'à nouvel ordre tout
en les tenant suffisamment éloignés des étrangers et de certains
mouchards nationaux ;
Veillez à ce que les Organisations humanitaires étrangères devant
intervenir dans les zones prévues par l'accord de Brazzaville ne
tombent sur aucun des 16 charniers dissimulés ; des itinéraires
obligatoires devront leur être indiqués et des escortes par nos
hommes les plus fidèles, devront leur être imposées ;
Préparer la tenue d'un séminaire de sensibilisation sur le thème
: "Le pouvoir ou la mort" auquel devront participer tous nos hommes
les plus fidèles et aptes à occuper un poste de responsabilité dans
l'Armée, la Police, l'Administration territoriale, la Douane et
les Impôts, insister sur l'importance de l'inspiration de cette
devise pour notre pouvoir à un moment où les chantres de la démocratisation
redoublent d'ardeur à travers le monde ;
Prendre toutes les dispositions nécessaires pour que l'aide humanitaire
soit prioritairement livrée aux populations favorables au pouvoir
et maintenir celles qui nous sont hostiles dans un état de précarité
qui les oblige à se soumettre ;
Se servir de l'accord de Brazzaville, notamment en ses articles
5 et 6 pour insérer les Hutus rwandais, les miliciens interhamwés,
les anciens membres de la garde présidentielle de feu le Maréchal
Mobutu, les tchadiens qui combattent avec nous dans les forces armées
congolaises y compris même les angolais et les afrocubains qui le
désireraient ;
Interdire strictement la délivrance du passeport national à tout
ressortissant du Sud et aux nordistes qui refusent de se rallier
afin d'empêcher leur sortie à l'étranger où ils se transforment
en témoin à charge contre nous auprès des organisations de défense
des droits de l'homme et des tribunaux ;
Renforcer les réseaux de l'étranger afin de mieux traquer les opposants
et de déstabiliser efficacement les organisations hostiles à notre
pouvoir ;
Organiser l'exécution des détenus politiques se trouvant encore
dans nos geôles et en faire porter le chapeau aux éléments incontrôlés
;
Réaliser coûte que coûte au cours de l'année un référendum et empêcher
par tous les moyens le retour des exilés politiques influents.
Je reste à l'écoute de vos remarques et suggestions.
Le Général d'Armée,
Denis SASSOU NGUESSO
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