RÊVER SON DÉVELOPPEMENT

Il n'est pas rare d'entendre : " les Africains sont déracinés. Ils ont perdu leurs repères ". Ainsi, justifie-t-on notre étonnante capacité de tourner en rond, à la merci de tous les vents, avec nos guerres inconcevables et interminables.

Nous avons perdu tout crédit ; il ne nous reste plus que nos matières premières, devenues l'affaire du blanc (pour reprendre une expression très courante chez nos parents, dans nos villages), proprement et également appelé " expatrié ", une espèce de sauveur, un extra-terrestre de l'intelligence qui connaît tout et décide tout à notre place, pour notre grand bien, affirme-t-on encore de nos jours.

L'Africain est uniquement cité pour l'enfer, et pour, cause, son incapacité de parvenir à se prendre en charge et à créer son développement, assurer son équilibre, s'offrir des cités de paix et de bonheur à l'instar des pays développés où il existe un minimum vital garanti.

L'Africain serait donc incapable de rêver son développement et de l'obtenir comme les peuples américain, européen ou asiatique. Pourtant, derrière cette argumentation désastreuse se cache une série de politiques cruelles, installées dans nos pays et entretenues à dessein, pour paralyser le continent et le gérer au détriment de nos intérêts. Tout est mis en place pour que l'Afrique n'ait aucune chance de survie, en tout cas, de ne point parvenir à réaliser son développement.

Nous savons tous que les indépendances ont été enclenchées d'une certaine manière négative par les colonisateurs, sans réfléchir profondément sur l'avenir du continent. Volontairement malsaines, les indépendances se sont réalisées avec l'arrière-plan d'empêcher les Africains de réaliser leurs rêves les plus légitimes quand bien même, dans certains pays on signalait déjà, à cette époque, l'existence d'une très grande classe politique, excellemment et suffisamment ambitieuse. Ce fut le cas du Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A).

En Afrique anglophone, le Ghanéen Nkwamé NKRUMA énonçait et imposait déjà la théorie et le projet de constitution de grands ensembles africains, qui souleva de très vives réactions. Barthélemy BOGANDA quant à lui, rêva du projet futuriste et révolutionnaire dans le vrai sens
du terme, de la création des États Unis d'Afrique Centrale.

Ce qui provoqua un véritable tollé en occident, beaucoup plus préoccupé par la possession de nos diamants que par l'évolution de notre continent. Pourtant, tous ces projets sont devenus le leitmotiv de tous les pays industrialisés sans que cela ne choque ni ne vexe personne.

Bien au contraire, le phénomène est partout de mode et admis unanimement par toutes les grandes puissances occidentales sans exception, comme un besoin de survie économique et une solution incontournable pour le développement.

L'Abbé Fulbert YOULOU, 1er président de la République du Congo, rêvait de faire du Congo la Suisse de l'Afrique. On aurait dit un rêve chrétien. Pascal Lissouba, sur les traces du président YOULOU arrive aux affaires 30 ans plus tard et fait sien le grand rêve de " faisons du Congo la Suisse de l'Afrique ".

Un rêve fou, mais pourtant bel et bien justifié, de surcroît parfaitement réalisable. Les Africains n'ont-ils pas le droit de rêver leur développement ?

Sinon alors comment auraient pu faire les Asiatiques pour atteindre le niveau économique effarant qui est le leur aujourd'hui ?

Réponse : ils ont rêvé leur développement et l'ont obtenu d'une manière active car, le rêve précède toujours la réalité, une vérité aussi vieille que le monde. Naviguer dans un vaisseau spatial et marcher sur la lune était un rêve fou, aussi fou qu'insolite, le plus fou des rêves dirait-on. Il s'est pourtant réalisé.

C'est à cette catégorie de rêve qu'appartiennent l'informatique avec l'Internet et ses fabuleuses applications, la médecine du cœur, le transplantation des organes, la fécondation in-vitro, la médecine nucléaire, la folle, imprévisible et bouleversante avancée technologique de la communication, la nouvelle maîtresse du monde.

Personne n'y croyait. Seule la force du rêve a pénétré l'impénétrable et rendu possible l'impossible. Rêver est donc en même temps un droit et un devoir universel, un patrimoine planétaire qui n'est pas propriété ni l'exclusivité d'une civilisation. Rêver est au service universel du bien-être de l'Humanité entière.

Les exemples sont nombreux. Galilée fût condamné par l'Église catholique romaine pour avoir osé affirmer de tout son âme que la terre tournait autour du soleil. Sacrilège ! Répliquèrent les dignitaires de l'Église qui

prirent ces allégations pour un rêve fou digne d'un imposteur. Pire, d'un suppôt de Satan ; ils affirmaient plutôt l'inverse c'est à dire : " le soleil tourne autour de la terre ".

Cela n'empêcha pas Galilée d'affirmer de toutes ses forces : " Et pourtant, elle tourne autour du soleil ". Comparativement, Pascal Lissouba est brûlé vif sur l'autel des intérêts occidentaux, pour avoir rêvé de faire de son pays un petit paradis où il ferait bon vivre. De cette façon, le droit de rêver n'appartiendrait qu'à l'occident, et pour cause, le diable se trouve en Afrique.

Ce qui est à comprendre ici, c'est le droit de rêver de tout un peuple. Ce n'est pas le choix des hommes fait par Pascal Lissouba ou bien ses erreurs cumulées relevées au cours de l'exercice de son pouvoir. Nous reconnaissons tous que Pascal Lissouba est arrivé au pouvoir en 1992 à l'issue des élections démocratiques, en toute clarté et transparence.

Nous savons aussi que la France de Chirac est la cause du renversement de nos institutions démocratiques et que ce pays dit grand pays des droits de l'homme, pays de la démocratie par excellence, ne condamne pas le putschiste Sassou Nguesso.

Bien au contraire, elle le soutient et participe directement, devant la communauté internationale muselée, à la destruction des Congolais et du Congo.

Or, l'Afrique a le droit et le devoir de rêver son développement et de l'obtenir. Il n'y a pas de vie sans rêve. Le rêve précède toujours la réalité. Un peuple qui ne rêve pas son développement ne l'obtiendra jamais.

L.S N'TSANGOU-KOLO