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L'ex-chef du DPS aurait agi pour le
président Sassou Nguesso
Par KARL LASKE
Mission de Courcelle au Congo,
qui rêve de prendre la succession de Bob Denard en Afrique :
persuader l'opposition qu'un commando se
tient prêt à éliminer le président Sassou
Nguesso
La commission d'enquête parlementaire
sur le service d'ordre du Front national n'en a rien su. En février
1999, alors même qu'elle procédait à ses premières
auditions sur le Département Protection et Sécurité
(DPS) du FN, Bernard Courcelle, son patron de 1994 à 1999, organisait
avec ses hommes un faux putsch au Congo-Brazzaville. Il venait d'annoncer
qu'il rejoignait les mégrétistes, et qu'il partait s'occuper
de problèmes de sécurité au Congo.
Il était en réalité chargé d'une mission
très spéciale par le ministre de l'Intérieur congolais:
persuader les réseaux de l'opposition en exil qu'un commando
se tenait prêt à éliminer le président Denis
Sassou Nguesso et les amener à se compromettre.
Mission réussie: grâce à cette manipulation, l'opposition
est mise en cause pour complot. Et en décembre 1999, la cour
criminelle de Brazzaville condamne l'ancien président Pascal
Lissouba et son ancien ministre de l'Économe et des Finances
Moungounga Nguila à vingt ans de prison par contumace pour atteinte
à la sûreté de l'État et complot contre le
président Sassou.
Les autorités françaises ont tout fait pour garder l'opération
secrète. Libération a pu consulter la version livrée
par Bernard Courcelle à la justice congolaise et les aveux écrits
des mercenaires qu'il a recrutés pour l'occasion.
Courcelle, qui rêve de prendre la succession de Bob Denard en
Afrique, a envoyé à Brazzaville des frontistes aguerris,
pour la plupart anciens militaires. Parmi les neuf mercenaires qui partent,
six font partie du DPS. Trois d'entre eux, Alain Vagnati, Jeannot Arkoub
et Yan-Yves Étienne, assuraient à titre permanent la "garde
DPS" du siège du FN, à Saint-Cloud. Deux autres,
Alexandre Honoré (en disponibilité du service de sécurité
de la RATP) et Claude Hermant étaient responsables départementaux
du DPS, respectivement de la Seine-et-Marne et du Nord. Le dernier s'appelle
Patrick Soufflet, simple membre actif du DPS.
Taupe idéale
Au Congo début 1999, des combats font rage, entre les forces
du pouvoir et ses opposants, notamment à Dolisie, fief de
l'ex-président Lissouba. Ancien para au grade de capitaine,
Courcelle est l'homme de la situation.
Il entretient des liens privilégiés avec le ministre
de l'Intérieur, Pierre Oba. Déjà, lors de la campagne
électorale de 1992, il avait fait de petits travaux pour Sassou.
En 1997, après le retour au pouvoir par les armes de ce dernier,
le revoilà sur place, carnet d'adresses de mercenaires - et de
membres du DPS - grand ouvert sur la table du ministre de l'Intérieur.
Mais le hasard fait bien les choses. Courcelle est aussi en affaires
avec un ancien mercenaire belge devenu marchand d'armes, Marty Cappiau,
alias "Colonel Marty" (1), qui, lui, a servi l'ancien président
Pascal Lissouba en lui vendant des hélicoptères pendant
la guerre civile de 1997.
Fort de ses introductions dans l'autre camp, Cappiau affirme tout savoir
du plan de soulèvement du Congo. Pour Courcelle, il est donc
la taupe idéale auprès de l'opposition.
Selon les mercenaires, le plan des rebelles est carré.
Les combattants de Dolisie doivent être "réorganisés",
200 hommes stationnés au Cabinda voisin doivent couper la route
de Brazzaville pendant que les mercenaires se chargeraient du putsch.
"Courcelle demanda à Cappiau s'il était possible
qu'il apporte des renseignements militaires moyennant finances",
résument par écrit quatre membres de l'équipe envoyée
par Courcelle. "Cappiau donna son accord pour une infiltration.
Il fit croire à l'opposition qu'il avait l'opportunité
d'un contrat de protection rapprochée pour le président
Sassou Nguesso de placer 40 hommes dévoués prêts
à assassiner le Président."
Cette offre aurait été acceptée par l'opposition.
Un financement à hauteur de 50 000 dollars par homme est prévu,
soit 3 millions de dollars en comptant "le financement du matériel,
les pots-de-vin sur place et divers". A Paris, plusieurs rendez-vous
secrets sont organisés, en février 1999. A l'hôtel
Mercure, l'un des mercenaires rencontre un colonel de l'opposition.
Puis le groupe est constitué. Outre les six DPS déjà
sélectionnés par Courcelle, trois hommes sont choisis
par Cappiau - Richard Sarda, Fabio Vanotti et Gérard Lastric
Fausses informations.
Le 11 mars 1999, le groupe est au complet à Brazzaville. Les
barbouzes communiquent des fausses informations militaires à
l'opposition congolaise à Paris. En dehors des DPS, les trois
autres sont des free-lances de la sécurité et du mercenariat.
Ils ne savent pas ce qui les attend. Le 29 mars, ils sont arrêtés,
et placés au secret dans les locaux de la Direction générale
de la sûreté d'Étatà Brazzaville. Le ministre
de l'Intérieur, Pierre Oba, va faire d'eux de vrais-faux tueurs
chargés d'exécuter le président congolais. Les
hommes du DPS sont évidemment épargnés.
Ils vont même charger l'accusation. Alexandre Honoré -
qui a depuis, rejoint la RATP - prétend avoir été
contacté par Cappiau "afin de commettre un attentat contre
la personne physique du Président". Bernard Courcelle affirme
de son côté que "le tireur devait être Sarda".
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